La semaine qui s'achève a été une semaine pleine, intense,
riche et fructueuse. Nous l'avons appelé semaine de la nativité.
Aujourd'hui, c'est le quatrième et dernier dimanche de l'Avent. En ouvrant
l'Evangile de Matthieu, nous y trouvons des récits de l'enfance de Jésus
- Prologue et résumé de tout l'Evangile. Qui est Jésus
? d'où vient-il, cet enfant qui, par delà les siècles fait
vibrer en nous une espérance nouvelle ? Dès les premiers mots
de son Evangile qui s'ouvre par une généalogie de Jésus,
Matthieu suggère une création nouvelle : Genèse de Jésus-Christ
allusion au premier livre de la Bible ; le commencement de toutes choses comme
quoi ce texte nous introduit dans une nouvelle ère, un nouveau avenir.
Puis, vient le déroulement des générations depuis Abraham
en passant par David jusqu'à Joseph.
" Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie de laquelle est né
Jésus que l'on appelle le Christ " Ce changement de terme, ce jeu
de mot a toute son importance. Joseph n'est pas celui qui " engendra ",
il est " l'époux de Marie " de laquelle est née Jésus
qui n'a pas été conçu par une génération
naturelle.
La généalogie de Jésus n'a pas de valeur scientifique.
Elle est pleine de lacunes et d'irrégularités, de doutes. Elle
s'accorde en mal avec celle que l'on trouve chez Luc. Elle se moque de la chronologie.
Mais, je vous assure, c'est par ces irrégularités que cette généalogie
est la plus éloquente, la plus soutenue. Elle lance à sa façon
un vibrant message évangélique de Noël. Nous en retiendrons
trois choses essentielles pour notre méditation.
1. Les ancêtres du Christ sont repartis ici schématiquement je
dirai même symboliquement en trois séries de quatorze génération.
" Il y eut en tout quatorze générations depuis Abraham à
David, quatorze générations depuis David jusqu'à la déportation
; quatorze générations depuis la déportation jusqu'au Christ.
Autrement dit, il y a d'abord la série des Patriarches qui vivent de
la promesse de Dieu, puis la série des Rois qui font l'expérience
du jugement de Dieu, et enfin, la série des hommes et des femmes qui
rentrent de l'exil dans la patrie ravagée et qui reçoivent la
consolation de Dieu.
Ces trois séries aboutissent à Christ car c'est en lui que la
promesse est accomplie, le jugement rendu et la consolation apportée.
La cohésion et la grandeur de cette famille Israélite vient de
l'élan spirituel qui la porte vers le Christ. On le trouve dans cette
famille, des géants de la foi comme Abraham, Jacob, David, Ezéchias
et Josias. Tous des personnalités qui ont un relief formidable, une grande
surface.
Il est affligeant de constater le déclin, le dépérissement
de certaines grandes familles qui nous entourent, peut-être même
de notre propre famille. Quand une famille n'a plus de repère, de figures
marquantes, de prou et ses titres de noblesse, on dit que l'arbre a perdu de
sa sève. La famille n'a plus d'histoire, plus d'avenir. Les enfants ont
perdu la foi qui faisait le dynamisme et la force des Pères. Quand on
a perdu cette foi vivante, on n'est plus stimulé par les promesses de
Dieu, corrigé par ses jugements, soutenu par ses consolations. On ne
vit plus dans la perspective de Jésus. On est envahi par des parasites,
par les gourmands comme sur un caféier, les convenances mondaines :
- le goût du confort, la lutte des classes
- or dire Noël, dire Dieu aujourd'hui, c'est se laisser convaincre que
Jésus est l'avenir de nos familles Il nous confère les vrais titres
de noblesse et l'héritage qui ne se peut corrompre
- dire Noël en ce siècle, c'est dire que Jésus est la sève
qui assure la verdeur de toutes nos générations " crois au
Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et toute ta famille "
- dire Noël, c'est affirmer que Jésus est un passant pour le renouvellement
de celles et ceux qu'il rencontre. OR, que constate-t-on ? cadeau de noël
pistolet, voiture pour garçon ; poupée pour fille
La généalogie de Christ nous apprend donc en premier lieu que
nous devons faire du Christ la sève qui assure la vie de nos familles
de génération en génération.
2- Il y a frères et surs, un second et merveilleux enseignement
qui se dégage de la généalogie du Christ. Il n'y avait
pas que des patriarches et des rois dans la famille de Jésus. L'Evangile
ne cache pas qu'il y a eu beaucoup d'enfants terribles. Quand nous écrivons
notre histoire, celle de nos familles, nous la concevons de façon platonique,
avec des enfants et des gens très beaux, très braves, héroïques,
sans faiblesses, des bourgeois, corrects, rangés et bien pensants.
Mais, dans nos familles, il n'y a pas que des enfants dociles. Il y a aussi
des enfants terribles, des enfants prodigues, des enfants qui font la honte,
la douleur des parents.
Qui ici, n'a pas dans sa famille des gens qui sont une source permanente de
chagrin, de malheur ? Noël implique un changement de mentalité,
plus de filles ayant pour charge, garder la maison et plus de garçon
conducteurs de société et dirigeant des nations.
On est même déçu quand on nous écoute faire des témoignages
: ceux qui ont vidé les caisses de la nation, qui ont mis le pays à
genoux sont présentés comme des héros de qui viennent la
consolation, la libération, j'allais dire comme des sauveurs à
qui on rend en permanence un culte de personnalité.
Dans la famille de Jésus, cela n'est pas resté platonique. Notre
texte cite quatre femmes très peu recommandables. La première,
Thamar, une incestueuse, la deuxième, Bathséba, la maîtresse
du roi David, une adultèrene. Les deux autres sont Rabah, la prostituée
cananéenne et Ruth, le moabite, deux païennes, deux étrangères.
Incroyable généalogie qui ose faire figurer des personnages pareils
parmi les ancêtres. Le Christ lui-même dans le choix de ses disciples
qui constituaient son cercle intime, n'a pas choisi que les enfants dociles.
Regardez Pierre ; un taciturne, il renie son maître. Thomas, un douteur,
il veut voir. Judas, un traître, il vend son maître. Que de mésalliances
dans cette famille ? Mais la plus grande mésalliance n'est-elle pas celle
que fait Dieu lui-même en entrant dans une famille aussi peu recommandable
? la plus grande mésalliance n'est-elle aussi que Dieu fait (aujourd'hui)
en envoyant son Fils parmi nous, les pécheurs de tous les bords ? En
envoyant son Fils dans un monde décliné, un monde déchiré
et corrompu ? Je me réjouis des frères, de ce que Mathieu ait
mis tous ces indignes personnages à l'entrée de son Evangile,
au seuil du Nouveau Testament. Cela atteste dès la première page
du Nouveau Testament que Dieu est Amour, que Dieu est Pardon et qu'il vient
dans le monde (à Noël) sauver les pécheurs dont je suis le
premier. Vous comprenez maintenant que Dieu n'est pas seulement le Dieu des
justes, le Père des biens pensants, la providence des " petits saints
". Voilà la bonne nouvelle de Noël. Dieu ne craint pas les
mésalliances. Il peut aujourd'hui faire alliance avec ma famille en dépit
de tous les mécréants et des enfants terribles dont elle se compose.
Car ma famille chrétienne ce n'est pas nécessairement une famille
où tout va sans histoire et où la respectabilité de chacun
est garantie. Une grande famille, une famille chrétienne est une famille
assez robuste pour supporter quelques Thamar, quelques Rabah et quelques Bathséba
sans éclater pour autant. Cette capacité relève de la miséricorde
de Dieu qui nous accepte et nous supporte tous. Dans la famille du Christ, on
ne met pas à la porte la brebis galeuse, mais on la porte à l'enfant
prodigue.
On supporte l'insupportable, belle-mère ou beau-père et on ne
répudie pas la fille qui déshonore toute la famille par sa conduite.
Voilà le vrai message de Noël : que le pécheur ne soit pas
banni, mais que son péché soit pardonné pour l'amour de
Jésus. La famille dont nous parle le 1er chapitre du nouveau testament
était une grande famille parce que les grands croyants y supportaient
de grands pécheurs.
Notre société sera une grande société quand les
forts sauront supporter les faibles (de loin les plus nombreux), quand les riches
sauront supporter les pauvres, les mains nues. Quand le développement
aura un visage humain, quand la mondialisation ne se limitera pas seulement
aux analyses macro-économiques, mais prendra en compte des effets sociaux,
recherche de l'équilibre entre les analyses macro-économiques
et les effets sociaux.
1- Il reste à examiner un dernier message de la généalogie
de Jésus. Jacob engendra joseph, l'époux de Marie de laquelle
est né Jésus. Tous ont été engendrés les
uns par les autres, tous descendant d'Abraham jusqu'à Joseph. Mais il
n'est pas dit que Joseph ait engendré Jésus. Comme quoi le dernier
chaînon de la généalogie n'est pas rattaché aux autres
par le sang, il a été greffé dessus, par adoption. Cette
lacune est significative. Elle nous rappelle que jamais Jésus n'entre
dans une famille par simple hérédité. Personne n'a le christianisme
dans le sang et personne ne peut le transmettre à sa famille comme l'on
transmet des qualités héréditaires. On ne le transmet pas
comme on transmet une succession, un patrimoine héréditaire.
Pourtant ils sont légion parmi nous ceux qui croient qu'ils sont chrétiens
par naissance, non, on le devient. (comme ce qui va se passer pour ces catéchumènes).
La grande famille dont nous parle Matthieu n'est pas une famille comme les autres.
C'est une famille unie bien plus par les liens de l'Esprit que par ceux de la
chair. Cette généalogie nous propose le même élargissement
que Jésus proclamera en disant : " qui sont ma mère, mon
frère, ma sur si ce n'est celui qui fait la volonté de mon
père. C'est grâce à ce sens familial élargi, que
je peux vous appeler " mes frères et mes surs ". Cessons
donc de tirer vanité de notre sang, de notre race, de notre tribu, de
notre nom. Mais s'il est permis d'être fier que ce soit plutôt d'appartenir
à la famille des enfants de Dieu où il n'y a plus ni juif, ni
grec, ni Sawa, ni Bamiléké, ni Betti, ni Aristocrates, ni Prolétaires,
car tous nous sommes un en Jésus-Christ.
AMEN !