NOEL 2007 au CINQUANTENAIRE

RUTH
1/1-5 ;
1 : 16-22 ;
2 :1-8 ;
2 :1-8 ;
3/1-4 , 8-11 ;
4/13-17

LUC 1 : 46-56

Lectures Bibliques

1er tableau : Pour des raisons économiques, une famille de
Béthléem émigre à l'étranger Ruth ; 1/1-5 :
2ème tableau : Deux Réfugiés : Ruth : 1 : 16-22
3ème tableau : une étrangère en quête d'emploi Ruth 2 :1-8
4ème tableau : Se marier pour assurer son avenir : Ruth 3/1-4 ,8-11
5ème tableau : L'étranger intégrée : Ruth 4/13-17

Peut être avez-vous pensé, en entendant l'histoire de Ruth : voilà une jolie histoire, une histoire pleine de bons sentiments et surtout une histoire qui finit bien . Et pourtant, quand nous y regardons de plus près, force nous est de constater que l'histoire de Ruth la Moabite, l'étrangère, se déroule sur un arrière fond dramatique : famine, guerres, émigrations, violence, injustices, conflits sociaux….
ll y a la maladie (les fléaux peut-être le SIDA, le paludisme qui tuent) et la mort prématurée d'elinielek, de Malon et de kilion. C'est une histoire remplie de sueur et de déchirures. Au fond, une histoire qui ressemble à beaucoup de nos histoires quotidiennes.
L'histoire de Ruth la Moabite, commence et se termine à Bethléem. Bethléem cela veut dire " la maison du pain ". Pour vivre, nous le savons tous, nous avons besoin du pain, et nous les connaissons bien ces pains : le pain de l'amitié et de nos affections ? Le pain de l'amour conjugal - le pain de la santé- le pain du travail (qui est notre gagne-pain), le pain de la joie de vivre - le pain de la liberté.
L'histoire de Ruth la Moabite commence d'une manière surprenante, je dirai même scandaleuse ; A Bethléem, " la maison du pain ", les gens ont faim, tous n'ont pas à manger - Notre récit n'incrimine pas la météo ou le bouleversement climatique, Il fait allusion " à l'époque des juges " c'est-à-dire à une époque troublée, marquée de violences, de toutes sortes : grèves, pillages, viols, déportation, récoltes brûlées, mévente des produits agricoles…
Alors, comme impression, nous pouvons voir défiler devant nos yeux ces images atroces du Rwanda, de la Bosnie et de tant d'autres lieux… Tous ces visages et ces corps déformés, mutilés sont insoutenables… Et nous voyons aussi défiler devant nous, tous ces hommes et ces femmes en quête d'emploi, ces marginaux mal dans leur peau, ces êtres humains exploités par d'autres êtres humains, ces êtres dégradés, humiliés, bafoués, torturés… Tout cela existe et nous sommes enclin au découragement à la lassitude, lorsque nous mesurons le gigantesque fossé qui sépare nos espérances en des jours meilleurs et la vraie vie que nous menons tous les jours dans une société en butte à l'exclusion et à la mort.


Comment dire comme Marie : " Mon âme exalte le Seigneur ? " Noël n'est-elle pas plutôt une fête porteuse de la tristesse des hommes ?

Noël n'est-il pas l'illustration d'un monde qui se trompe lui-même à cause de trop de gaspillage, de trop de superficiel, de trop de matériel, de trop de paganisme ? On comprend alors pour Elinelek et sa famille, le besoin de fuir Bethléem, de s'en aller ailleurs, là où on espère trouver du pain, de quoi vivre ou plutôt survivre, même si finalement, cette fuite, ce besoin d'évasion, cette recherche de paradis artificiels ne change rien et n'apporte aucune solution. A Moab où il va, il y a aussi la solitude, l'exclusion, la maladie et la mort.

L'histoire de Ruth la Moabite, c'est l'histoire d'un retour possible. Le retour de Noémi, la seule survivante du quator qui avait fuit Bethléem. Dans son malheur, Noémi, se souvient qu'à Bethléem, Dieu prend soin de son peuple et lui donne du pain. Elle se souvient qu'elle a toujours sa place à Bethléem, la " Maison du pain ", qu'elle fait toujours partie du peuple de Dieu. Même si elle veut s'appeler désormais Mara c'est-à-dire " Celle qui est affligée, amère ", parce qu'elle a tout perdu et que dans son amertume, elle crie à Dieu sa souffrance, elle reste néanmoins Noémi - c'est-à-dire " l'heure ", " la gracieuse ", celle qui est l'objet de la grâce de Dieu.

Et Noël retrouve ici son sens. Noël signifie qu'en dépit de tout ce qui nous frappe, nous sommes l'objet de la grâce de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Noël n'est plus ici dans le magnificat, l'histoire de la naissance de Jésus-Christ seulement, mais notre propre naissance, notre conversion et notre retour à Dieu et dans son Eglise. Il y a Noël chaque fois que nous sommes un peu plus humain, un peu plus juste, un peu plus aimant. Dans le récit de Luc, Marie n'a pas encore accouchée, mais elle exalte le Seigneur, parce qu'il lui a fait grâce, parce qu'il " a renversé les puissants …. Et a élevé les humbles " " parce qu'il a nourri les affamés "- voilà Noël, Noël, c'est le renversement des situations, Noël nous dit que la méchanceté ne régnera pas toujours, que la pauvreté ne sera pas éternelle ; car Dieu réconforte et console son peuple.

Avec Noémi, il y a encore Ruth, la Moabite, une étrangère. Ruth c'est-à-dire l'amie, celle qui librement, a choisi de suivre sa belle-mère en lui faisant cette promesse ; " là où tu vas, là où tu t'installeras, je m'installerai ; ton peuple sera mon peuple, ton Dieu sera mon Dieu " Avec Ruth, c'est l'arrivée surprenante de celle qu'on attendait pas, de celle qui vient d'ailleurs, de celle qui n'a aucun droit. Ce retour suscite énormément curiosité, excitation. Remarquez bien, le mot " péché " est totalement absent de notre récit, car il y en a qui voient partout dans la Bible, le péché. Bien entendu le péché est un mal à combattre. Nous sommes ici invités à nous réchauffer au soleil levant qui nous a visité du ciel pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres ; nous sommes invités à nous réchauffer au soleil de l'accueil, du pardon, de la grâce de Dieu en J.C.

J'aimerais enfin attirer votre attention sur trois éléments de ce récit de Ruth ;

1- Ces deux femmes arrivent les mains vides
Elles n'ont rien. C'est le signe d'un échec ; d'un manque, d'une souffrance. Leur seule richesse, c'est leur confiance, leur solidarité, leur amitié. Nous retrouvons ici la tendresse de Dieu à l'égard des petits, des faibles, des pauvres. Dieu donne le pain nécessaire à ceux et à celles qui ont les mains vides. C'est à eux qu'il offre son autorité, qu'il donne courage, force et paix.

2- L'action de Dieu ne se manifeste pas par des événements extraordinaires
Dans ce récit, pas de miracles éclatants, pas de visions sublimes. L'action de Dieu se manifeste au travers de la fidélité de Ruth, de son travail humble et fatiguant dans les champs de Booz. Ruth nous aide à comprendre le sens de la demande : Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour ; la ration d'aujourd'hui pour aujourd'hui, la ration de demain pour demain, la ration d'après demain pour après demain. L'histoire de Ruth nous invite à relire notre vie pour y chercher les traces de Dieu.

3- la Foi de Ruth
La foi de Ruth n'est pas attente ou accueil passif, résigné, elle est action, décision, choix, audace, une foi qui risque le tout pour tout. La clé de toute cette histoire de Ruth la Moabite. C'est la fidélité. Il y a plusieurs fidélités ;
- la fidélité de Noémi la gracieuse, qui revient à Bethléem, là où Dieu donne du pain au peuple
- la fidélité de Booz, l'homme fort de cette histoire (Booz = force en lui) qui ne se dérobe pas devant ses responsabilitéés. Booz n'est pas comme nous un déserteur, un fuyard, un démissionnaire qui assure aux deux refugiées un avenir décent. Enfin, la fidélité de Dieu qui prend soin de ceux et de celles qui mettent leur confiance en lui. Ce signe de la fidélité de Dieu, c'est la naissance de l'enfant de Ruth, l'étrangère, celui qui s'appellera OBED c'est-à-dire Serviteur de Dieu.

Ce OBED qui prendra soin de OBED, nous fait penser à un autre enfant né, lui aussi à Bethléem, bien de siècles plus tard : Jésus celui dont nous célébrons aujourd'hui la naissance . Ce JESUS dira un jour : Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim et celui qui croît en moi n'aura jamais soif (Jean 6/37). Il est celui auprès de qui nous pouvons apaiser nos faims, nos soifs d'amitié, de justice et de paix.

Joyeux Noël 2007
AMEN
Pasteur NONO KEPATOU