Voyager Pour changer
Voyager
cest se déplacer dans un lieu plus ou moins éloigné
de celui où lon réside, pour le découvrir, se faire
plaisir, ou peut-être sy établir. Voyager, cest aussi
confronter lici et lailleurs dans leurs réalités, leurs
spécificités. Mais nos pèlerins savent-ils toujours tirer
profit des découvertes et de tout ce quils apprennent ailleurs ?
Des
camerounais faisant le pied de grue devant les représentations diplomatiques
des pays occidentaux en quête dun visa, voilà une scène
à priori banale, mais qui illustre à suffire lattrait indéniable
quexerce sur les Africains la prospérité des pays nantis.
Jadis constituée de 15 pays, lEurope est passée à 25
depuis le 1er mai 2004 qui va davantage conforter sa position sur les rangs de
la compétition des futures puissances mondiales. Le fossé entre
riches et pauvres sera donc certainement encore plus profond au cours des années
à venir.
LAfrique serait-elle si pauvre si nos intellectuels,
nos politiques, nos hommes daffaires, nos sportifs, bref, nos élites
qui parcourent le monde, étaient tant soit peu curieux ? Tout ce qui
est polluant en Europe est « bon » pour lAfrique :
vieilles voitures, déchets toxiques, vieux réfrigérateurs,
poulets à la dioxine, poissons congelés, friperies ; médicaments
périmés
voilà une liste non exhaustive de marchandises
importées à coup de millions par dégoïstes opérateurs
économiques africains, prêts à sacrifier lintérêt
général et le développement de notre continent sur lautel
du lucre. Chez nous, le respect des normes na aucun sens et le principe
de traçabilité nous est aussi étranger que le manteau pour
un chien. Le bien-être des consommateurs, on sen fout. Voyager pour
cette catégorie de personnes, se résume à aller ramasser
tout ce quailleurs on laisse traîner sur les trottoirs et dans les
poubelles pour les revendre à ces compatriotes.
Si voyager consiste
à aller au contact des autres pour appréhender et apprivoiser les
aspects positifs de leurs cultures, convenons que nous en sommes très éloignés.
Certains jeunes africains qui se retrouvent en Europe, au lieu de sorienter
vers les formations qui seront profitables au développement de leurs pays,
se laissent dévoyer par des activités peu recommandables :
pédérastie, prostitution, consommation et trafic de drogue, alcoolisme,
vol et viol ou tout simplement mendicité.
Que dire alors de nos hommes
politiques qui voyagent et dînent avec les représentants des plus
hautes démocraties de ce monde, et qui une fois de retour au bercail, feigne
dignorer jusquà la définition même du mot démocratie ?
Que
dire de ceux des nôtres qui une fois en Europe sémerveillent
devant la splendeur des gratte-ciels.
La rigoureuse organisation administrative,
le sens civique des citoyens, la majesté des autoroutes, la politique rationnelle
de maintenance des infrastructures, tandis que dans leur pays, les pistes tiennent
lieu dautoroutes, des cercueils roulants assurent le transport des citoyens,
le taux de chômage culmine, la corruption est érigée en valeur
et le vice en vertu ?
Il est peut-être temps que nous cessions
de « voyager pour voyager ». Nos divers déplacements
vers les pays prospères devraient être autant doccasions dappréhender
et dassimiler lévolution technique et technologique, afin que
nos pays ne demeurent pas à la traîne. Chaque voyage devrait être
une opportunité pour mettre en branle nos organes de sens : la vue,
louïe, lodorat, le goût, le toucher, au profit de notre
développement.
Léquipe du CAFRAD, qui uvre en faveur
de la lutte contre la pauvreté, sest rendue en Suisse. Elle a vu,
et est revenue avec le souci de capitaliser ces acquis. Osons espérer que
ce voyage déchanges constituera la bouteille à la mer qui
guidera les actions des nos futurs pèlerins.